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28 Oct 2026

Les frontières nous attendent

Par P. Rodrigo Zuluaga

Du 24 au 27 septembre 2026, les Œuvres pontificales missionnaires (OPM) au Chili et l’épiscopat du diocèse de Valparaiso, avec les OPM au Brésil, ont accueilli le Symposium international de missiologie qui s’est tenu au Centre de spiritualité Lo Vásquez (adjacent le sanctuaire Nuestra Señora de la Purísima de Lo Vásquez), à Casablanca. Cette rencontre continentale de réflexion, de dialogue, et de discernement constitue une étape importante dans le parcours préparatoire au 7e Congrès missionnaire de l’Amérique (CAM 7) qui se tiendra en novembre 2029, dans la ville brésilienne de Curitiba.

Sous le soleil encore timide du printemps chilien, nous avons été chaleureusement accueillis par Mgr Mauricio Da Silva, du diocèse brésilien de Rondonópolis-Guiratinga et président de la Commission épiscopale pour l’action missionnaire et coopération inter-ecclésial, par sœur Regina da Silva, directrice nationale des OPM au Brésil, et par Mgr Jorge Patricio Vega, évêque du diocèse de Valparaiso et directeur national des OPM au Chili.

Quelque 65 participants de 19 pays du continent américain — avec quatre délégués du Canada, dont moi-même — se sont réunis pour approfondir les défis de la Mission et discerner ensemble les chemins que le Seigneur nous invite à emprunter.

Le Brésil s’est vu confier la responsabilité de préparer et d’accueillir le prochain Congrès, suite au CAM 6 de Porto-Rico, en 2024. C’est une grande responsabilité, certes, mais aussi, comme nous l’avons entendu, une joie pour l’Église brésilienne.

Le thème retenu pour le CAM 7, « L’Amérique en sortie : peuple de Dieu qui annonce et témoigne Jésus-Christ », nous invite à franchir les frontières, à aller à la rencontre de l’autre, et à renouveler notre engagement missionnaire à la lumière des paroles de Jésus : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).

Il s’agit d’encourager les Églises particulières à approfondir leur expérience synodale et à coopérer résolument à la Mission, particulièrement aux frontières où l’Évangile est appelé à prendre chair. Cette démarche nous rappelle encore une fois que la Mission n’est pas réservée à quelques spécialistes ou agentes et agents pastoraux : chaque personne baptisée, et donc chaque membre du peuple de Dieu, est appelée à prendre part à la mission de l’Église.

Quatre jours pour écouter, discerner, et marcher ensemble

Ces quatre journées ont été intenses, tant par la richesse des conférences que par les moments d’échange et d’écoute en petits groupes en appliquant la méthode synodale de la conversation dans l’Esprit, une pratique simple et efficace pour nous aider à bien discerner les sujets abordés. Chaque participant a pu prendre la parole, écouter les autres, prier et se laisser interpeller par les expériences missionnaires partagées. Cette démarche nous a permis de comprendre que les nouveaux défis missionnaires ne doivent pas être perçus comme des murs infranchissables, mais comme des appels de l’Esprit qui nous invitent à chercher de nouvelles voies pour annoncer Jésus-Christ.

L’expérience du Symposium a confirmé une conviction fondamentale : nous ne pouvons pas être missionnaire de manière isolée ; nous sommes appelés à vivre et à annoncer l’Évangile dans une dynamique synodale, en marchant ensemble, en nous écoutant et en discernant communautairement les chemins à prendre.

Des réflexions et des échanges ont émergé trois grands axes qui me semblent essentiels :

  1. La Mission aux frontières : aller à la rencontre de l’autre

Les frontières de la Mission ne sont pas uniquement géographiques. Elles sont aussi humaines, sociales, culturelles et spirituelles. Là où se vivent l’exclusion, la solitude, l’indifférence ou la pauvreté, là où des personnes ne trouvent plus leur place, l’Évangile nous interpelle.

Aller aux frontières signifie apprendre à reconnaître l’autre, à nous rapprocher de ses réalités et à nous laisser transformer par la rencontre. Il ne s’agit pas d’imposer nos critères ni de présenter notre vérité sans écouter, mais d’annoncer Jésus-Christ par le témoignage, le dialogue et le respect de chaque personne. Comme Église, nous sommes appelés à être des témoins d’espérance, à bâtir des ponts, et à faire de nos communautés des lieux d’accueil, de fraternité, et de rencontre.

  1. La Trinité : source et origine de la Mission

Un deuxième axe fondamental a porté sur la dimension trinitaire de la Mission. Avant d’être une tâche confiée à l’Église, la Mission prend sa source en Dieu : dans l’amour du Père, le don du Fils, et l’action de l’Esprit Saint. La mission de l’Église trouve son origine et son sens dans la mission de Dieu lui-même. Cette perspective nous rappelle que nous ne sommes pas propriétaires de la Mission, mais que nous y collaborons. Avant d’agir, le disciple-missionnaire doit donc apprendre à contempler, à regarder et à écouter pour reconnaître où Dieu est déjà présent et à l’œuvre dans la vie des personnes et des peuples.

La prière et le discernement ne sont pas des moments secondaires de l’activité missionnaire : ils sont indispensables pour reconnaître l’action de Dieu et répondre fidèlement à son appel. La Mission ne commence pas par nos projets, mais par notre capacité à découvrir et à accompagner ce que Dieu accomplit déjà.

  1. La spiritualité missionnaire : enracinés dans le Christ

Le troisième axe nous a conduits à approfondir la spiritualité missionnaire, ou la spiritualité du Christ au sein de la Mission. Aussi nécessaire soit-elle, l’action pastorale perd son sens si elle n’est pas enracinée dans une rencontre personnelle et communautaire avec Jésus-Christ. Le disciple-missionnaire est appelé à se laisser guider par la Parole de Dieu, à nourrir sa vie de prière et à demeurer fidèle à la tradition apostolique. Sa spiritualité ne peut être séparée de la vie quotidienne ni des réalités concrètes des personnes qu’elle accompagne.

Une question importante a émergé de nos échanges et mérite de continuer à nous habiter : comment intégrer la prière, l’annonce de l’Évangile, le dialogue et l’engagement auprès des personnes pauvres et exclues dans une spiritualité missionnaire véritablement incarnée dans la vie quotidienne ?

Il ne s’agit pas de choisir entre contemplation et action, mais de découvrir comment l’une nourrit l’autre. La prière nous ouvre à Dieu et à nos frères et sœurs ; l’annonce témoigne de l’espérance reçue ; le dialogue nous permet de reconnaître l’autre comme un véritable interlocuteur ; et l’engagement auprès des personnes les plus vulnérables nous permet de rendre visible l’amour du Christ.

Un lancement confié à Marie, première disciple-missionnaire

Le Symposium s’est conclu par le lancement officiel du CAM 7, marqué par une célébration eucharistique spéciale dont la messe était présidée par Mgr Jorge Patricio Vega qui est l’évêque du diocèse dans lequel nous étions. Dans ce magnifique sanctuaire de Nuestra Señora de la Purísima de Lo Vásquez, lieu de pèlerinage et de rassemblement pour des millions de fidèles chaque année, nous avons confié à l’intercession de la Vierge Marie le chemin qui s’ouvre devant nous. Par son « oui » au projet de Dieu, Marie est devenue la première disciple-missionnaire du Christ, modèle d’écoute, de disponibilité et de mise en route.

Une mission qui nous engage toutes et tous

Nous sommes repartis de ces quatre journées avec des expériences riches en partages et, surtout, une conviction renouvelée : la Mission est une responsabilité qui concerne tout le peuple de Dieu.

Le cheminement vers le CAM 7 ne peut se limiter à la préparation d’un grand événement continental. Il doit devenir une occasion de renouvèlement pour nos Églises locales pour qu’elles évoluent dans l’esprit missionnaire. C’est aussi l’occasion de faire renforcer la communion entre les communautés chrétiennes et de raviver chez chaque personne baptisée sa vocation missionnaire.

Les frontières nous attendent. Les personnes pauvres et exclues nous interpellent. Le monde entier a tant besoin de témoins d’espérance. Et Dieu continue d’agir au milieu de son peuple, nous invitant à collaborer à sa mission. Que ce chemin vers Curitiba nous aide à devenir une Église toujours plus contemplative, synodale et missionnaire ; une Église qui ose sortir, qui sait écouter avant de parler, et qui annonce Jésus-Christ par ses paroles et par ses gestes. Car, au fond, la Mission n’est pas une tâche que nous accomplissons seuls : c’est un appel que nous recevons de Dieu. Nous sommes invités à vivre cet appel ensemble, comme peuple de Dieu en sortie. 

 

(Photos: OPM Canada / José I. Sierra)

 

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