22 Mai 2026
Après 200 ans, « je me rends compte à quel point les paroles d’Eugène sont actuelles »
Le 21 mai marquait le 200e anniversaire de l’approbation des Constitutions et Règles de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée. En soulignant cette anniversaire, le père Alfonso Bartolotta, o.m.i., soulève combien les paroles de son fondateur résonnent encore à notre époque. (NDLR)
Par Alfonso Bartolotta, o.m.i.
Pour ceux qui ne connaissent pas Eugène, il s’agit d’Eugène de Mazenod (1782-1861) (ndlr. Né à Aix-en-Provence, France), fondateur de la congrégation des missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, puis évêque de Marseille et, longtemps après, canonisé par le pape Jean Paul II, le 3 décembre 1995. Eugène dit qu’il tient, encore aujourd’hui – depuis l’approbation des Constitutions et Règles (1826) – les mêmes propos pour former et pour encourager les futurs missionnaires, avant leur départ dans le monde au service de l’Église et de l’Humanité.
En l’écoutant, je prends des notes dont voici quelques recommandations essentielles, à ne pas oublier, pour aller de l’avant. Il dit que « Nous marchons sur les traces d’un maître qui s’est fait pauvre à cause de nous. » (CC 19). Je retiens que lui, le Maître, choisit l’humilité et la simplicité pour être accessible à tous. Par conséquent nous sommes tous disciples, à l’écoute de sa Bonne Nouvelle pour apprendre et mettre nos pas « sur les traces » de son humilité et de sa simplicité.
Il redit que, en tant que missionnaires, « Nous nous laisserons évangéliser par les pauvres et les marginaux vers qui notre ministère nous envoie, car souvent ils nous font entendre de façon nouvelle l’Évangile que nous annonçons. Attentifs à la mentalité des gens, nous accepterons de nous laisser enrichir par leur culture et par leurs traditions religieuses. » (R 8a).
Je pensais que, après la première formation, « ça y est, c’est fini ! » Mais non, je constate que je me suis trompé… On dirait qu’il y a une formation permanente, qu’en plus elle continue, et va savoir jusqu’à quand… Qu’il faut encore me « laisser évangéliser par les pauvres et les marginaux », comme si l’enseignement du Maître, déjà reçu, ne suffisait pas. En plus, les pauvres – c’est Eugène qui le dit – « ils nous font entendre de façon nouvelle l’Évangile que nous annonçons. » Ça alors ! Je ne comprends plus rien… Je me rends compte pourtant que je dois faire un peu plus d’efforts pour être « attentif à la mentalité des gens, acceptant de me laisser enrichir par leur culture et par leurs traditions religieuses. » Je pense qu’en effet il a vraiment raison. On croit souvent, après les longs cursus universitaires, en passant d’une faculté à l’autre, tout savoir sur tout mais, en réalité, on ignore non seulement le monde du peuple auprès duquel nous sommes envoyés mais aussi leur façon de vivre et de croire.
Eugène précise que « L’action de l’Esprit peut conduire certains oblats à s’identifier aux pauvres jusqu’à partager leur vie et leur engagement pour la cause de la justice ; d’autres, à se rendre présents là où se prennent des décisions qui affectent l’avenir du monde des pauvres. (…) Quel que soit leur travail, les Oblats collaboreront, selon leur vocation, par tous les moyens conformes à l’Évangile, à la transformation de tout ce qui est cause d’oppression et de pauvreté, s’employant ainsi à l’avènement d’une société fondée sur la dignité de la personne créée à l’image de Dieu. » (R 9a).
Je devrais invoquer davantage la présence de l’Esprit, au début de chaque journée et non seulement de temps en temps, pour « m’identifier aux pauvres jusqu’à partager leur vie et leur engagement pour la cause de la justice. » Eugène insiste sur le fait que par mon travail – et bien sûr celui de chacun, « selon sa propre vocation – je devrais collaborer par tous les moyens conformes à l’Évangile, à la transformation de tout ce qui est cause d’oppression et de pauvreté, et m’employer ainsi à l’avènement d’une société fondée sur la dignité de la personne créée à l’image de Dieu. » Tout être humain, partout dans le monde, indépendamment de sa croyance ou de sa non-croyance, a sa propre dignité, qui doit être respectée, ainsi que celle d’autrui.
Je me rends compte à quel point les paroles d’Eugène sont actuelles : « Face aux exigences de notre mission et devant les besoins à combler, nous nous sentons parfois faibles et démunis. » Il est gentil en disant « parfois » car dans la vie de tous les jours, pour être sincère, le « parfois » devient souvent… Il y a toujours de quoi se décourager. Puis je m’aperçois que je ne suis pas le seul car cela arrive aussi à d’autres personnes y compris à mes confrères, à d’autres familles et foyers, aux communautés religieuses masculines et féminines et même à certaines Provinces oblates… Notre cher aîné, Eugène, dans sa sagesse me fait remarquer justement que « C’est alors que nous pouvons – et je peux – apprendre beaucoup des pauvres, spécialement la patience, l’espérance et la solidarité. » (CC 20). Pauvre de moi ! Rarement j’y ai pensé, dans mes nombreuses années de vie religieuse et missionnaire.
En disant toute ma reconnaissance au sage Eugène, j’ai envie de lui poser une question: « Quels conseils donneriez-vous, grâce à votre expérience de vie et de foi, aux nouvelles générations ? » Voici son éclairante réponse : « Partout, en effet, notre mission – y compris la mienne et celle de toute communauté et Province oblate – est d’aller vers ceux dont la condition réclame à grands cris une espérance et un salut que seul le Christ peut apporter en plénitude. »
Je prends note surtout de l’importance de l’adverbe « partout » ; eh oui, ça veut dire en tous lieux, peu importe la métropole, la ville, la banlieue, le quartier, la zone rurale, la forêt, le désert, le pôle nord, le pays, le continent, etc. Pareillement, peu importe auprès de quel peuple, et quelle activité missionnaire j’irai y accomplir… Je retiens l’essentiel de son message : « Ce sont les pauvres aux multiples visages : c’est à eux qu’il faut donner la préférence. » (CC 5).
À la fin du partage, Eugène nous livre un tout petit dernier conseil, à ne pas oublier, l’importance d’être véritablement « Très proches des gens avec lesquels ils travaillent, et sans cesse attentifs à leurs aspirations et aux valeurs qu’ils portent en eux. » (CC 8). La Mission est une belle aventure. Elle nous permet d’aller à la rencontre de l’autre et de nous enrichir mutuellement.
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